L’accord de la musique au La 432 Hertz est une expérience subjective.
J’ai lu plusieurs témoignages de musiciens, intrigués par cette nouvelle possibilité.

Le diapason 432 Hz Mythe vérifié  – Partie 2

Par Emmanuel Comte

Emmanuel Comte est l’auteur de
Le Son d’Harmonie, MedSon 2011
Le Son de Vie,  Québécor 2013
Le Son des Vibrations, Québec Livres 2015, Dangles 2015.

Note au lecteur : cet article est à lire à la suite de :
Le « La 432 Hz » est-il un mythe ? 
Le Diapason 432 Hz, mythe vérifié – Partie 1

Le Diapason 432 Hz, le mythe vérifié – Partie 1

Le Diapason 432 Hz est-il un mythe?

L’expérience subjective de l’accord à 432 Hz

Nous évoquons dans ce deuxième volet, parmi une série d’articles consacrés au mythe du diapason 432 Hz, l’origine de l’utilisation de cette fréquence d’accord datant du 19e siècle.

C’est en effet dans la volonté du compositeur Giuseppe Verdi d’appliquer les théories acoustiques de Joseph Sauveur, dont nous  avons parlé dans la 1ère partie, que résulte cette maladroite adoption. Voyons cela plus en détail.

J’ai lu à plusieurs reprises des témoignages de musiciens intrigués par cette nouvelle possibilité que représente l’accord de la musique au La 432 Hz. Prenons l’exemple d’un guitariste qui accorde soudainement son instrument à cette nouvelle norme et en devient stupéfait. Et l’expérience publiée amplifie le mythe :

La première fois que je suis tombé sur la suggestion que 432 Hz pourrait être un meilleur accord standard que celui à 440 Hz fut en lisant le livre “Les secrets de la musique de l’âme” de Patrick Bernard en 2004. D’une manière ou d’une autre, j’ai intégré cette information et un matin j’ai décidé d’abaisser le réglage de ma guitare classique et d’essayer ce nouvel accord. J’ai eu le sentiment immédiat qu’il y avait quelque chose là, quelque chose dont j’avais besoin pour expérimenter et mieux comprendre parce que d’une manière ou d’une autre cela me semblait significatif, presque poignant. A cette époque, je passais la plupart de mes journées au milieu de la nature, en retrait du chaos de la grande ville (Rome) et en me concentrant principalement sur la relaxation profonde et la régénération de mon système nerveux.

Simone Vitale [1]

La démarche scientifique aurait voulu que le musicien expérimente 431, 428 ou 408 Hz pour accorder la deuxième corde plus grave de sa guitare…

L’origine de l’émergence du diapason 432 Hz est due à un compatriote de Simone Vitale en la personne du compositeur Giuseppe Verdi, nous  en dévoilerons davantage plus bas.

Pour mieux comprendre cet artiste romain et son intérêt diapasonesque, je suis allé rechercher le livre qu’il cite et qui sommeille depuis plus de 20 ans dans ma bibliothèque. Voici l’extrait tiré du livre de mon ami Patrick Bernard :

Pour les instrumentistes et pour donner un dernier détail quant à l’utilisation expérimentale des notes de musique alliées aux mantras, il est préférable de respecter la gamme pythagoricienne (A3 = 432 fréquences).

Que s’est-il passé en 1953, lors d’une conférence internationale réunie à Londres ? On décida arbitrairement d’élever la valeur officielle du La et de la fixer à 440 Hz. Qu’est-ce qui fit penser qu’il fallait élever la fréquence officielle du La qui était déjà trop haute à l’époque (cette valeur était alors de 435 Hz) ? Apparemment, on n’en sait rien… N’est-ce pas le comble de la désinvolture ?

Quel raisonnement étrange fit penser qu’il fallait changer l’harmonie musicale traditionnelle qui a toujours été fondée sur l’observation rigoureuse des rythmes de la Nature ? La lyre égyptienne et la harpe celte sont accordées sur un La comportant 432 fréquences (et qui correspond, bien-sûr, à la gamme pythagoricienne).

Des connaissances se sont perdues et doivent être retrouvées. Originellement, bien avant Pythagore, on calculait la gamme en fonction de la position… des 7 planètes du système solaire. Toute la musique des sphères est basée sur cette perception. Tous les nombres sacrés, divins, des multiples traditions initiatiques terrestres sont fondés sur cette réalité vibrant au rythme des planètes. Depuis 1953, l’homme s’est « désaccordé » des lois de l’Univers ! Grossière erreur qui met en danger tout l’équilibre macrocosme-microcosme. Depuis 1953, toutes les fréquences musicales diffusées vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans le monde entier sont « désaccordées » par rapport aux rythmes vibratoires cosmiques. Comment s’étonner dès lors que la Terre semble se dessécher et que l’avènement de de l’âge de la conscience soit freiné ? C’est une des grandes responsabilités des compositeurs de l’âge du Verseau de réaccorder leurs instruments sur la fréquence universelle. Tous les rythmes et nombres cosmiques sont, forcément liés. La somme des chiffres de chacun d’eux est toujours 9 (3 x 3) ou multiple de 9 : 54 (moitié du 108 védique et tibétain), 72 (nombre sacré pythagoricien), 234 (nombre symétrique axial de 432), 432, (nombre sacré druidique ou La bardique), 504,  (nombre sacré d’Asie méridionale – 432 + 72), 666 (nombre sacré de l’Apocalypse). Les fréquences corporelles vibrent en sympathie avec les fréquences du cosmos. Le corps physique vibre avec le corps galactique.

Le cœur bat 72 fois par minutes. Le soleil met 72 ans (7 + 2 = 9) pour franchir un degré du zodiaque. La fréquence vibratoire de la Lune est 216 (72 x 3). Tout est lié, toujours.

Peut-on raisonnablement penser, souhaiter, qu’une vibration musicale désaccordée par rapport au cosmos puisse avoir, à long terme, une action bénéfique, réharmonisante ? Une musique qui ne tient plus sacrée les lois de la vie ne peut pas être aussi efficace qu’une onde sonore harmonique fidèle à la danse de l’Univers.

Patrick Bernard [2]

Discussion : la vérif.

Avant-propos :
Il est bien évident qu’on peut accorder sa guitare comme on veut. À 432 Hz, pourquoi pas?
Mais s’il vous plait, mesdames de messieurs les protagonistes d’une telle application, épargnez-nous de nous bassiner avec autant de faussetés, imprécisions ou incohérence pour justifier votre choix.

 

  • Gamme pythagoricienne A3 = 432 
    • Toute gamme peut être pythagoricienne à condition de respecter les ratios qui la caractérisent, indépendamment de toute fréquence de base, indéfinie ou arbitraire. Pythagore n’en avait aucune, voir article de Jacques Chailley au sujet du Diapason ancien.
    • Les ratios pythagoriciens sont obtenus par la spirale des quintes et l’application du troisième harmonique 3/2 pour l’accord des instruments à cordes.
    • Les ratios pythagoriciens sont : 1  – 9/8 – 81/64 – 4/3 – 3/2 – 27/16 – 243/128 – 2, pour les notes suivantes dans l’ordre, à partir de 1 : Do, Ré, Mi, Fa, Sol, La , Si, Do (ou C, D, E, F, G, A, B, C pour les anglophones).
    • Le ratio pythagoricien du La de 27/16 donne 432 si et seulement si le 1 de la suite des ratios mentionnés ci-dessus, correspondant à Do est assigné à la fréquence de 256 Hz.
    • Donc le La 440 peut être obtenu lui aussi, comme tout autre, par une gamme pythagoricienne, caractérisée par l’application des ratios cités ci-dessus.
  • Que s’est-il passé en 1953 ?
    • Rien de particulier : une simple harmonisation à une fréquence d’accord, sous l’impulsion de l’industrie musicale, afin de faciliter les échanges mondiaux. Voir article à paraître sur l’historique du La. L’accord au La 440 Hz était très répandu en Europe depuis la Renaissance. Voir Bruce HaynesThe Story of A[3]
    • Lire l’article Écouter différents La.
  • Qu’est-ce qui fit penser qu’il fallait élever la fréquence officielle du La qui était déjà trop haute à l’époque ?
    • « Trop haute » par rapport à quoi ? Depuis les ères européennes appelées Renaissance et Baroque, le La pouvait être beaucoup plus haut que 435 Hz (la norme officielle française depuis 1859). Je possède par exemple une copie de flûte Renaissance accordée dans son diapason original en La 460 Hz.
    • Exemples non-exhaustifs tirés de Bruce Haynes :
      • Orgues  La 471 Hz (1636), 456 Hz (1642), 458 Hz (1642), 449 Hz (1745).
      • Trompettes La 448 Hz (1580), 452 Hz (1780), 466 Hz (1566).
      • Flûtes La 445 Hz (1465) 458 Hz (Hotteterre), 467 Hz (Rippert), 461 Hz, 479 Hz (Denner) [4].
  • La lyre égyptienne et la harpe celte sont accordées sur un La comportant 432 fréquences (et qui correspond, bien-sûr, à la gamme pythagoricienne)
    • Inexact. Comment l’accord d’un instrument à cordes pourrait-il résister à l’épreuve du temps? Ni les Égyptiens, ni les Grecs, ni les Celtes ou autres peuples antiques ne diapasonnaient leurs hauteurs. Voir article de Jacques Chailley. L’identification scientifique des fréquences sonores n’a débuté qu’au 17e siècle avec les premières expériences de Galilée et Mersenne. (Voir article Le Diapason scientifique).
  • Le cœur bat 72 fois par minutes
    • C’est en partie vrai mais partiellement inexact, car :
      • « Pour les adultes de 18 ans et plus, un rythme cardiaque au repos se situe entre 60 et 100 battements par minute (bpm), qui dépend de la condition physique d’un individu. » Donc il n’y a pas de constante, cela varie tout le temps et la moyenne en 60 et 100 donnerait 80 et non 72.
      • « Pour les enfants âgés de 6 à 15 ans, le rythme cardiaque au repos se situe entre 70 et 100 bpm » (Source [5]). Donc moyenne 85.
  • En conclusion, bien-sûr, on pourrait discuter longtemps de la fréquence de la « danse de l’Univers », de la définition des « fréquences du cosmos » et de ce qu’est un nombre « sacré » ainsi qu’une « onde sonore harmonique fidèle à la danse de l’Univers ».
Quel est le genre d’accroche qui foisonne sur le web ?

« Voici pourquoi vous devez écouter
votre musique en 432 Hz »

ou encore

« 432 Hz Vs 440 Hz »

« Les fréquences de guérison »

etc.

Le premier venu embrasse alors l’idée par naïveté ou méconnaissance de la chose musicale et en fait se laisse berner par des arguments pseudo-scientifiques ou magico-mystiques.

C’est une curiosité ou un amusement numérique. Mais de là à en faire une fréquence et à en revendiquer l’usage dans une mesure en Hertz, pour sauver le Monde, il y a toute une différence, car tout cela est très relatif, entre autres, comme nous le verrons, puisque la diffusion des sons et leur justesse est tributaire de la température de l’air qui supporte la diffusion de leurs fréquences.

Fréquence et longueur d’onde
Une des erreurs récurrentes sur laquelle nous reviendrons est la confusion entre fréquence et longueur d’onde. Par exemple la citation élimée et maintes fois reportée par des auteurs qui se copient en cascade, sans vérifier l’information dans sa cohérence scientifique, que l’adoption du La à 432 Hz se justifie par sa résonance géométrique, sa confirmation cosmique et sa cohérence avec le Nombre d’or.

Exemple : le nombre 432, affublé de grandeurs en millions ou en milliards eu égard des mesures cosmiques réelles ou imaginaires, de circonférences d’astres, ou de mesures en pieds ou en coudées en relation avec la mesure supposée ou non d’anciennes bâtisses ou ruines antiques. Nous en reparlerons plus en détail.

D’autres erreurs sont divulguées au sujet de 432 Hz, illustrant la confusion trop souvent faite entre une fréquence, mesurée en Hertz et une longueur d’onde, mesurée en mètres.

La fréquence de 432 Hz à 20°C. correspond à une longueur d’onde de 79 cm  [6]

Illustration ci-contre : la longueur d’onde exacte de 79 cm (distance) correspondant à la fréquence de 432 Hz (durée).

La longueur d’onde correspondant à la fréquence de 432 Hz mesure 79 cm

Vitesse du son divisée par sa fréquence :
  λ   = v/f  *

* Longueur d’onde λ = 340 m/s : 432 Hz = 0,79 m

Un autre type d’argument revient souvent aussi : « Écoute les Pink Floyd, Elvis Presley, Bob Marley, Phil Collins, ça résonne dans le cœur, au 432 Hz ».
Concernant l’usage du diapason 432 Hz par le groupe des Pink Floyd, je n’ai pas trouvé de preuve de cela dans aucune source documentaire fiable, cela semble très peu probable, ni pour les autres d’ailleurs.

Un guitariste aguerri m’a d’ailleurs confié récemment :

« Ha Ha ! Pour Pink Floyd c’est BIDON, vu que tu peux backer sur un de leurs CDs avec une gratte en 440. Aucun groupe commercial ne prendrait le risque de jouer sur un autre diapason, je pense.
Les potes qui reprennent toutes sortes de morceaux, dont Pink Floyd, ils les bossent souvent direct sur le CD, jamais on ne ré-accorde… peut-être certains Beattles ou autres groupes qui ont fait des “expériences” mystico-sonores ont utilisé d’autres diapasons, mais je n’ai pas d’exemple. ».

Je vais donc contacter directement Roger Waters. À suivre.

Si leur musique va « droit au cœur », il y a sûrement d’autres voies d’explications que la seule utilisation d’un accord spécifique pour accorder leur guitare. Et l’on peut aller « droit au cœur » en accordant son instrument différemment, en 440 Hz, par exemple.

Le diapason 432 Hz, adoption par défaut ?
La dimension symbolique expliquée à l’aune de la géométrie dite sacrée influence la plupart du temps le choix de l’adoption du La 432 Hz, couplé avec le volet psycho-acoustico-émotionnel en utilisant l’argument issu du ressenti de Simone Vitale évoqué au début de cette chronique : « Ça sonne mieux en 432 Hz ». La question suivante est alors à poser :

– Avez-vous utilisé d’autres formes d’accord ?

Si oui, lesquelles ?

Si non, c’est alors très subjectif et sujet à discussion. C’est ce que nous faisons ici.

Il pourrait être utile de lire un peu plus sur les diverses rumeurs et mythes au sujet de l’accord à 432 Hz, avant de nous concentrer sur les spécifications d’accord réelles. Pour cela, j’ai compilé un article de blog qui partage plus d’informations sur les affirmations persistantes le plus souvent faites au sujet du 432 dans des articles relatifs à ce sujet, présentés comme des « preuves » pour « valider » le concept d’accord 432. Pour moi, ces affirmations ressemblent généralement à des « arguments de marketing » (plutôt qu’à des accords de tonalité) ou à une méthode pour appeler les gens à réaliser des expériences « mystiques » et « uber-magiques »

Roel Hollander [7]

Des points de vue conflictuels ont surgi entre les partisans du diapason de la norme internationale de 440 Hz, utilisée par presque tous les musiciens et orchestres dans le monde, et les partisans d’un nouveau prétendant de 432 Hz, utilisé par quelques milliers de musiciens et une poignée d’ensembles. Ceux qui ont suivi la « bataille des diapasons » jusqu’à présent savent que les deux côtés sont passionnés par leur diapason et que les deux parties pensent que leur diapason est le meilleur.
En plus des partisans du 440 Hz et du 432 Hz, un autre groupe s’est installé à part, de façon fébrile, et aimerait que le diapason soit élevé à 444 Hz, ce qui sera également discuté.

John Stuart Reid [8]

S’accorder comme ça nous chante… Lors de nos séances de chant intuitif, chant spontané, chorale créatrice ou chant improvisé, nous partons d’une fréquence aléatoire, la plupart du temps inspirée dans l’harmonie du moment présent et éventuellement en résonance avec l’acoustique du lieu qui reçoit nos chants. Les résonances ont toutes leurs acoustiques propres et sont accompagnée de sonorités plus cohérentes et chaleureuses si elles s’y accordent [9].

Giuseppe Verdi (1813-1901)
Maître incontesté du bel canto italien de l’époque romantique
À droite : l’annonce de la première de l’exécution publique de la Traviata,
le 6 mars 1853.

Verdi : rêver à 432 Hz
Le compositeur Giuseppe Verdi a voulu restaurer le rêve d’unicité de la science et de la musique caressé par le savant et physicien français Joseph Sauveur, 200 ans après qu’il ne le formula. Pour ce faire, il appliqua le ratio pythagoricien de 27/16 à la note Do 256 Hz et obtint le 6e niveau de la gamme diatonique avec la note La à 432 H[10].

Le seul problème est que le La devient 430,56 Hz dans le tempérament égal utilisé de son temps pour l’accord des instruments de l’orchestre de l’opéra, avec l’adoption d’une gamme basée sur le Do 256 Hz de Joseph Sauveur.

Sauf acrobaties d’accord fort complexes, l’orchestre ne peut pas jouer juste s’il est accordé en suivant le principe de la gamme pythagoricienne [11].

Inversement, si l’orchestre est accordé sur un La à 432 Hz, alors la note Do devient accordée de fait à la fréquence de 256,85 Hz.

La pureté « scientifique » (symbolique) de Sauveur et de ses octaves de 1 n’est plus. Exit l’harmonie des nombres. Verdi s’est trompé. Son rêve tombe à l’eau.

Le diapason La 432 Hz n’est pas une norme reconnue et sauf durant une courte période en Italie au 19e siècle, n’a semble-t-il jamais été employée préférentiellement à d’autres types de fréquences. Je rappelle que je ne l’ai dénombré qu’une seule fois parmi les 1500 références citées par Bruce Haynes dans The Story of A [12].

Le diapason La à 432 Hz est devenu une sorte de mythe nourri par des fantasmagories magico-numériques. Sa seule utilisation officielle fut une courte période (environ 1 an) dans l’Italie du 19e siècle. Sous l’impulsion du compositeur Giuseppe Verdi, le Ministère de la guerre l’a adopté pour accorder fanfares et orchestres. Nous développerons le sujet plus loin. Il est vrai qu’aux 18e et 19e siècles, le diapason variait beaucoup.

Par exemple le compositeur Haendel utilisait un La à 423 Hz en Angleterre, parmi d’autres. L’histoire retient que des variations de diapason étaient d’usage lors d’interprétations, où l’oeuvre composée devait s’accorder avec l’orgue du local , hôte de la prestation, comme la Chapelle royale de Londres, par exemple.

En musicologie, on attribue à Mozart l’utilisation du 422 Hz pour le La [13] et 427 Hz pour Beethoven.

Rappelons que le Gouvernement français a imposé en 1859 le La à 435 Hz par décret ministériel [14] et qu’à la même époque la même note répondait au 439 Hz à Londres, royalement légiféré.

Le renommé compositeur italien Giuseppe Verdi évoqué ci-dessus fut obsédé par le La à 432 Hz, car il voulut ainsi restaurer la proposition de Joseph Sauveur qui n’avait reçu aucun écho favorable parmi les musiciens, à part chez lui, 200 ans plus tard… Ce savant dont nous parlons dans un autre article, souhaitait que les musiciens s’accordent avec les physiciens en adoptant la fréquence de référence basée sur le même référentiel, à savoir la note Do à 256 Hz. Malheureusement cette proposition est restée lettre morte puisque les musiciens sont moins disciplinés que les savants. Néanmoins, Verdi revint à la charge en voulant restaurer la proposition de Joseph Sauveur.

Mais qu’en est-il au juste de Joseph Sauveur, l’inspirateur de Verdi ? Qu’en est-il de l’attribution de la fréquence de 432 Hz pour le La ? Je rappelle ici que le « diapason » de Joseph Sauveur en tant qu’objet, n’a jamais existé du temps du physicien. Il n’a émis que le concept de sa fréquence. Par la suite, lorsque des diapasons ont été construits selon ses théories, le diapason à 256 Hz et son octave inférieure à 128 Hz ont été appelés « scientifiques » ou plutôt philosophiques pour quatre raisons principales :

  • Imaginé par un scientifique en la personne de Joseph Sauveur, savant français, père de l’acoustique scientifique en tant que discipline (1653-1716)
  • Basé sur les octaves de 1 (1, 2, 4, 6, 16, 32, 64, 128 ,256), une mathématique simple et logique
  • Utilisé par les scientifiques en physique acoustique pendant plus de 2 siècles (avant apparition des oscillateurs électriques et sous l’impulsion de Hermann Helmholz)
  • Utilisé par les médecins qui l’ont logiquement adopté à partir de 19e s. grâce aux expériences des Dr Rinne et Weber et toujours utilisé en médecine ORL pour les pré-tests auditifs et nerveux

En 1874, Giuseppe Verdi écrivit son Requiem [15] en utilisant l’accord officiel français au diapason de La3 à 435 Hz.

Le Requiem de Verdi (Messa de Requiem)  créé le 22 mai 1874 à Milan, Italie. BBC Symphony Orchestra, 2011.
Plus tard, il a indiqué que 432 Hz serait légèrement meilleur pour les orchestres. Une solution qu’il proposa au gouvernement italien et basée sur un argument « scientifique » : le raisonnement de Joseph Sauveur, qui instaura le diapason « scientifique » du Do à 256 Hz, inspiré par les octaves de 1. Néanmoins, Verdi eut peu de succès. Par la suite, il s’adressa au Ministère de la guerre qui finalement adopta son diapason en 1884 d’une manière temporaire pour l’accord de toutes les fanfares et les opéras d’Italie. Voici une lettre du compositeur à cette institution militaire :
Messieurs,

Depuis que la France a adopté le diapason normal, j’ai conseillé qu’on suivit l’exemple aussi chez nous ; et j’ai demandé formellement aux orchestres des différentes villes d’Italie, parmi lesquels celui de La Scala, d’abaisser le diapason en uniformité avec la norme française. Si la commission musicale instituée par notre Gouvernement croit, pour des exigences mathématiques, devoir réduire les 870 vibrations (435 Hz NDLR) du diapason français à 864 (432 Hz NDLR), la différence est si petite, presque imperceptible à l’oreille, que je m’y associe bien volontiers.

Ce serait une grave, une très grave erreur que d’adopter, comme on le propose à Rome, un diapason de 900 ! (450 Hz NDLR) Je partage aussi votre opinion que l’abaissement du diapason n’ôte rien à la sonorité et à la brillance de l’exécution ; mais, donne au contraire, quelque chose de plus noble, de plus plein et de plus majestueux que ne pourraient donner les stridences d’un diapason trop aigu.

Pour ma part je voudrais qu’un seul diapason soit adopté dans tout le monde musical. La langue musicale est universelle ; pourquoi donc la note qui s’appelle La à Paris ou à Milan devrait-elle devenir Si bémol à Rome ?

Votre très dévoué

G. Verdi [16]

Giuseppe Verdi est connu pour avoir déclaré la « guerre des voix contre les cuivres », dans le but d’imposer le diapason unique, faussement basé sur le Do à 256 Hz de Joseph Sauveur, car inapplicable dans le contexte orchestral. Le physicien et mathématicien Eugenio Beltrami (1835-1900) l’a soutenu et la bataille a été temporairement gagnée en 1884 et s’est finalement terminée par une capitulation l’année suivante à l’issue de laquelle cette option quatre-cent-trendeuxiesque a été définitivement abandonnée… À partir de ces considérations, voyons plus précisément ce qu’il en est.
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Tableau comparatif entre divers types de gammes avec le même Do à 256 Hz

Je montre dans le tableau ci-dessus, un énoncé comparatif établissant un parallèle entre trois types de gammes : pytagoricienne, zarlinienne (16e s.) et tempérament égal (19e s.). Il appert ici que seule la dernière colonne est compatible avec la justesse orchestrale la plus en vigueur aujourd’hui et du temps de Verdi.

Elle montre un La à 430,54 Hz, pour un Do à 256 Hz. En tous cas, nullement la 3e colonne, présentant la gamme de Pythagore, illustrée par le La à 432 Hz, car cette gamme est injouable, appliquée à l’orchestre symphonique que cela soit aujourd’hui ou du temps de Verdi… D’où cela vient-il ?

À part le compositeur Giuseppe Verdi, dont nous venons de parler, il est une référence dont il est rarement parlé et que j’ai trouvé citée chez Roel Hollander, il s’agit de Maria Renold qui s’est inspirée des théories de Rudolf Steiner.

Nous en reparlerons. 

Références

[1] http://soundofgoldenlight.com/432-hz/
Traduction libre MedSon.

[2] Les secrets de la musique de l’âme, Imagine, Qc. Canada 1990, pp. 137-138

[3] « A History of performing Pitch – The Story of A », Éd. Scarecrow Press, 2002 (Historique des fréquences d’accord de la musique – Histoire du La)

[4] Bruce Haynes, Op. Cit. pp. 429 et suivantes

[5] http://www.bodyscience.fr/?Qu-est-ce-qu-un-rythme-cardiaque

[6] Centre de recherche MedSon « Le La 432 Hz es-il un mythe ? » (2011)

[7] Texte original : If might be useful to read a bit more about the various rumors and myths before we focus on the actual tuning specifications. Therefor I compiled a blog article that shares more information about more the persistent ‘claims’ often made in 432 related articles, presented as :evidences: to ‘validate’ the 432 tuning concept. To me those claims generally look more like ‘sales pitches’ (rather then tone pitches) or a method to appeal to people’s desire for ‘mystical’ and ‘uber-magical’ experiences.

https://roelhollander.eu/en/432-tuning/432-tuning-basics/

[8] John Stuart Reid, La curieuse querelle du diapason, ed. Cymascope 2016.

[9] Ce chant a été enregistré en juin 2014 dans une des plus belles acoustiques au monde : l’abbaye du Thoronet, Var, France. La résonance exceptionnelle de ce lieu porte le chant de façon étonnante et majestueuse en lui donnant profondeur tout intérieure en cohérence avec la doctrine de Bernard de Clairvaux (1090-1153), à l’origine du mouvement cistercien.

[10] Joseph Sauveur  (1653-1716), scientifique français. En 1713, le savant  entreprit une communication à Paris au sein de l’Académie Royale des Sciences  dont il était membre. Il présenta un modèle de progression d’octaves basées sur les longueurs de tuyaux d’orgue avec un Do4 à 256 Hz, appelé plus tard « diapason Sauveur » ou « Diapason philosophique » (au sens de scientifique ou plutôt symbolique). Dans tous les cas, on est dans l’arbitraire. Voir : Emmanuel Comte, De l’origine du diapason scientifique et de la détermination de la hauteur des sons, 3 janvier 2018.

De l’origine du diapason scientifique et de la détermination de la hauteur des sons

[11] Voir en particulier :
– Serge Cordier, Piano bien tempéré et justesse orchestrale, Buchet-Chastel, Paris, 1982
– Maria Renold, Intervals, Scales,Tones and Concert Pitch C = 128 Hz, Temple Lodge, 2004.

[12] Op. Cit. Voir Le Diapason 432 Hz, mythe vérifié, 1ère partie : Bruce Haynes A History of performing Pitch The story of A, Scarecrow Press 2002.

[13] Alexander J. Ellis, in Studies in the History of Music Pitch: Monographs by Alexander J. Ellis and Arthur Mendel (Amsterdam: Frits Knuf, 1968; New York: Da Capo Press), p. 23.

[14] Il resterait à savoir si la référence de 435 Hz à 15° de température vaut pour des degrés Réaumur ou des degrés Celsius. 15° R. valent 19°C. Si la fréquence de 435 Hz est mesurée à 19°C, elle devient 439 Hz en degré Réaumur.

[15] La Messa da requiem de Giuseppe Verdi (plus communément appelée Requiem de Verdi) est une messe de requiem créée le 22 mai 1874. Pour le compositeur, elle devait à l’origine signifier la fin et le couronnement de sa carrière. Après avoir connu le succès avec l’opéra Aida en 1871, Verdi composa la Messa da requiem en mémoire de son compatriote le poète Alessandro Manzoni, mort en 1873 et qui s’était engagé comme lui pour l’unité italienne au sein du Risorgimento, dans un idéal de justice et d’humanité. (Source Wikipedia)

[16] Commission musicale du ministère italien de la Guerre.

© 2017 Emmanuel Comte MedSon

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