Le diapason est partie intégrante de l’application thérapeutique de la science universelle à la fois ancienne et nouvelle que nous avons créée, la Sonologie.

La Sonologie est une philosophie et une pratique sonore. J’en expose les fondements historiques et scientifiques et sa mise en pratique dans différents ouvrages.

Qu’est-ce qu’un diapason ?

par Emmanuel Comte chercheur, auteur et formateur

Emmanuel Comte est auteur de

¤ Le Son de Vie, Québécor 2011

¤ Le Son des Vibrations, Québec-Livres 2015, Dangles, 2015.

¤ Le Son d’Harmonie, MedSon 2012.

medson.net

Le diapason
Ce petit objet métallique nommé diapason est connu de tous les musiciens et du public en général. La plupart du temps, il donne « le » La. Il est néanmoins reconnu comme tel et peut servir de référence pour d’autres notes aussi lorsqu’assigné à d’autres tons. Dans son histoire récente, il a connu d’autres usages que proprement musical. Nous les développerons dans plusieurs articles subséquents.

Tuning fork ou Stimmgabel
Le diapason ressemble à une fourchette métallique à deux dents en forme de U allongé, additionné d’une tige soudée au centre de la base de ces deux branches qui le composent. Il est appelé Tuning fork en anglais ou Stimmgabel en allemand. Ces deux pays ont été avec la France le berceau du diapason tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Origine du mot
Diapason vient du latin diapason signifiant « octave ». Ce mot a été emprunté au grec ancien διαπασω̃ν (diapasōn), tiré de l’expression :

διά πασω̃ν χορδω̃ν συμφωνία, (diá pasōn khordōn symphōnía)  signifiant « toutes les cordes, toutes les notes (de l’octave » et par extension : « étendue des sons que la voix peut parcourir, de la note la plus grave à la note la plus aiguë, octave » [1].

Ci-contre à gauche : Vase grec. Le diapason signifie en grec ancien :« Toutes les cordes, toutes les notes de l’octave » 

Image ci-contre (droite) : Le tuyau d’orgue de 8′ a servi de référence avant l’apparition du diapason

Origine de l’objet
Au Moyen-âge et à la Renaissance européenne, les tonalités étaient données le plus souvent par des instruments à tons fixes, tels que les tuyaux d’orgue, ou de petites flûtes appelés pitch pipe par les anglais, sortes de petites flûtes à coulisse, graduées. Dès la fin du 17e siècle européen, des facteurs d’orgue utilisaient diverses variétés de ces flûtes à coulisse comme instruments de de référence [2]. Elles appartenaient à une famille de diapasons dits « à pompe » ou « à vent » permettant aux facteurs d’instruments d’ajuster leurs flûtes ou les tuyaux d’orgue qu’ils accordaient. Voir en illustration les diapasons du facteur Christophe Delusse, conservés dans des musées français. De la même manière qu’il existe encore aujourd’hui, des diapasons « à vent » construits selon le même principe que l’harmonica, où une anche libre donne le ton recherché lorsque l’on souffle dans l’embouchure correspondante.

Diapasons anciens Christophe Delusse (France, 18e s.) Illustration de gauche : diapason à pompe Christophe Delusse (1713-1789) – Longueur totale 180 mm. Musée de la Cité de la Musique, Philharmonie de Paris Ref. E 342. Illustration de droite : Diapason à vent Christophe Delusse (1713-1789) – Longueur totale 172 mm (pompe rentrée). Donne les notes Sol, Sol♯, La La♯, Si, Do, Ré, Mi, Fa, Sol, La (fréquences inconnues. Il est fort probable que le La soit à 415 Hz). Musée de la Cité de la Musique, Philharmonie de Paris Ref. E 244. Une flûte traversière de Christophe Delusse est conservée au Musée instrumental du CNSM (n° E.2147) datée d’environ 1790 et  donne un La à 415 Hz [3]

Le diapason actuel
Aujourd’hui le diapason musical désigne plus particulièrement une petite fourchette métallique servant à donner « le » La et qui fut inventé en Angleterre il y a trois siècles.

Retrouvons-nous en Angleterre à l’époque baroque, au temps de la fin du règne de la reine Anne à laquelle succéda Georges 1er en 1714…

Diapason à anches libres (20e s., France) Diapason « harmonica » moderne. Les notes voulues sont données en soufflant dans l’embouchure correspondante de l’instrument. Le son est produit par une anche libre en métal, selon le même principe que l’harmonica. Justesse aléatoire (20e siècle)

Le luth et la trompette baroque à l’origine du diapason moderne ?

Il était une fois un musicien britannique connu sous le nom de John Shore (env. 1662-1752). Il est l’inventeur du diapason. Il appartenait à une famille de trompettistes réputés, les Shore, avec le père Mathias et l’oncle William.

La famille Shore était très en vue dans les orchestres royaux. John joua lors du couronnement du nouveau roi Georges 1er de la Cour de Londres, le 20 octobre 1714.

Ses talents de luthiste étaient reconnus aussi et il fut engagé dans des orchestres aussi prestigieux que furent ceux de Henry Purcell (1659-1695) et Georg Friedrich Haendel (1685-1759) [4]. John Shore, inventeur du diapason musical, fut donc luthiste et trompettiste des orchestres royaux de l’Angleterre du 18e s., au service de prestigieux compositeurs.

Le petit objet métallique qu’il conçut,  donne une fréquence fixe. Il lui permettait d’accorder plus facilement son luth. Cet instrument est une sorte de guitare de l’époque baroque héritée du oud arabe. Il a une caisse de résonance ovoïde et une tête de manche disposée de façon angulaire (90°) par rapport à l’instrument pouvant recevoir 15 cordes ou davantage.

En 1664, un médecin allemand du nom de Dr Günther Schelhammer utilisa une fourchette de table à deux dents, ressemblant à un diapason pour établir des tests auditifs [5].

On attribue donc l’invention du tuning fork au musicien John Shore  en 1711 [6].

A gauche : Trompette  et Luths et de l’époque de Haendel.
À droite : Henry Purcell (1659–1695) et  Georg Friedrich Haendel (1685-1759) côté droit de l’image.

(Vidéo) Cet orchestre baroque jouant des œuvres de Purcell et Haendel. avec trompette baroque nous imprègne de l’ambiance sonore dans laquelle a baigné John Shore, l’inventeur du diapason. 

(Vidéo) Un luthiste jouant une oeuvre d’Henry Purcell sur un instrument baroque, nous imprègne de l’ambiance sonore dans laquelle a baigné John Shore, l’inventeur du diapason.

En effet, quoi de plus astucieux que de concevoir un tel objet, permettant d’accorder son instrument de manière stable, sans avoir à faire sonner une trompette ou un hautbois pour obtenir le La.

Ce fut l’origine du diapason. Avant l’invention de cet objet, les facteurs d’instruments utilisaient des diapasons à vent ou à pompe, comme je l’évoquais plus haut. Les instruments à tons fixes comme les tuyaux d’orgue, les flûtes ou les cuivres permettaient d’accorder les instruments à cordes. Le tuyau d’orgue de 8 pieds servant à accorder la Do grave du violoncelle (1ère corde). John Shore était très fier de son invention et disait parait-il : « Je ne vais jamais plus nulle part sans mon diapason » [7]. .

Il en a donné l’un d’eux à Haendel. Il existe toujours aujourd’hui (voir reproduction à la fin de cet article) et donne une idée précise le la hauteur de ton utilisée par le compositeur. Il est conservé par la Thomas Coram Fondation au sein du Founding Hospital à Londres. Il a été acoustiquement mesuré par John Ellis en 1880 [8].

Il donne le La à 422,5 Hz [9]En fait 423 Hz.

La présence de cet objet conservé en ce lieu s’explique par le fait qu’Haendel y donnait des concerts de bienfaisance de façon annuelle. Cette fondation était connue depuis 1739 pour venir en aide aux orphelins ou nouveau-nés illégitimes et aux familles de musiciens décédés [10].

Les diapasons modernes que vous pouvez trouver facilement dans les magasins de musique ressemblent au diapason de Shore à la différence qu’ils répondent à la fréquence du La actuel, dit « absolu » à 440 Hz. Cette absoluité n’étant bien-sûr illusoire et que pure convention.

Ci-contre : le diapason, Tuning fork (anglais) ou Stimmgabel (Allemand)

La décision arbitraire d’attribuer une note fixe comme référence standard pour la musique, telle qu’on la connaît aujourd’hui, date de 1953. Cette note et la fréquence qui la caractérise, n’a d’absolu que le nom car il existe une infinité de La dans l’Univers et le La baroque pouvait varier entre 369 et 470 Hz.

Illustration ci-contre à gauche : Diapasons donnant différents types de La : 408, 426,7, 432, 440, 460 Hz

À droite : Différents diapasons La 440 Hz

Écouter différents La

Par exemple, le La des diapasons que nous utilisons au centre MedSon, dans notre gamme de diapasons dite « thérapeutique », la gamme zarlinienne en intonation juste, est à 426.6 Hz (427 Hz, le diapason de Beethoven) et celui de notre gamme Pythagoricienne est à 432 Hz.

L’attribution de ces fréquences dépend naturellement de la note de départ qui module la gamme et du type de gamme que l’on utilise, car les possibilités sont infinies. Je possède une trousse à l’intérieur de laquelle j’ai recueilli une collection de différents diapasons calibrés de 408 à 460 Hz, appartenant à des références musicologiques démontrées.

Nous verrons plus en détail dans d’autres articles à venir que depuis la Renaissance européenne, il a existé une grande variété de fréquences attribuées à la note La (369, 404, 408, 415, 425, 435, 440, 460 Hz Voir article Écouter différents La).

Avant cette période historique, il n’y avait aucune référence musicale fixe. J’ai personnellement des copies d’instruments de l’époque Renaissance et Baroque, accordés aux diapasons originaux, avec un La à 460 Hz (presqu’un La♯ actuel) et 415 Hz (un Sol♯ actuel).
Le La 432 Hz, dont je parlerai dans un autre article, correspond à la 27e harmonique d’une gamme harmonique, ayant une fondamentale accordée avec un Do à 16 Hz.

L’histoire retient que John Shore a permis l’invention du diapason scientifique un siècle après son invention par le musicien anglais. Un des diapasons de John Shore a été retrouvé en Angleterre. Le musicien l’a offert au Maître allemand.

Le diapason Haendel 423 Hz conservé par la Thomas Coram Fondation au sein du Founding Hospital à Londres où Haendel interprétait tous les ans le Messie, a été acoustiquement mesuré par John Ellis en 1880 à 422,5 Hz [11].

L’étui contenant le diapason porte l’inscription :  «  Ce diapason a été la propriété de Haendel Immortel et laissé par lui au Founding Hospital, quand le Messie a été réalisée en 1751. »

Ce diapason a été mesuré plus précisément aujourd’hui, avec des moyens dont John Ellis ne disposait pas. Sa fréquence est de 423 Hz. 

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Illustration ci-contre : diapason original de Georg-Friedrich Haendel (423 Hz) conservé à la Coram Foundation (Londres) depuis 1751.

Credited by: © Coram in the care of the Foundling Museum, London.

Écouter la fréquence du La 423 Hz de Haendel

 

© 2017 Emmanuel COMTE medson.net

Notes

¤ [1] Diapason, in Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition, 1932-1935. Diapason, in Félix Gaffiot, Dictionnaire latin français, Hachette, 1934.

¤ [2] « C’est, semble-t-il, à la fin du 17e siècle que l’on songea à confier à un instrument témoin spécialisé, et non plus à l’un des instruments du groupe, le soin de faire entendre le son de référence auquel facteurs, accordeurs ou exécutants auraient mission de s’accorder. En raison de l’extrême variabilité des usages, on se servit le plus souvent d’un instrument étalonné non pas lors de sa fabrication, mais empiriquement sur place, et dans la plupart des cas de « flûtes d’accord », dites également « diapasons à pompe », sorte de tuyau d’orgue ou de flageolet sans trous, fermé par un corps de pompe mobile et coulissant, susceptible d’être gradué. » Jacques Chailley, « Diapason », Encyclopædia Universalis 2013.

¤ [3] Selon Pierre Etchegoyen facteur de flûtes à Aubazine, France www.flutesbaroques.com/cdelusse.php 

¤ [4] Watkins Shaw, Shore, John (c.1662–1752), rev., Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004.

¤ [5] Voir article Le Diapason médical (à paraître).

¤ [6]  Feldmann, H. (2008). “Die Geschichte der Stimmgabel – Teil 1: Die Erfindung der Stimmgabel, ihr Weg in der Musik und den Naturwissenschaften” [History of the tuning fork. I: Invention of the tuning fork, its course in music and natural sciences. Pictures from the history of otorhinolaryngology, presented by instruments from the collection of the Ingolstadt German Medical History Museum]. Laryngo-Rhino-Otologie (in German). 76 (2): 116–22. doi:10.1055/s-2007-997398. PMID 9172630.

¤ [7] The origine of Tuning Forks, Journal of the Royal Society of Medicine Volume 80 December 1987. The New Grove Dictionary of Musical Instruments. Vol 3. London: Macmillan, 1984.

¤ [8] Ellis A. J. : The History of Musical Pitch. Nature 21 (1880) 550-4.

¤ [9] Feldmann, H. (2008). Ref. Cit. Cf. Note 6.

¤ [10] Feldmann, H. (2008). Ref. Cit. Cf. Note 6.

¤ [11] Feldmann, H. (2008). Ref, Cit. Cf. Note 6. 

Diapasons antérieurs à 1711. Vrai ou faux ?

Le Diapason ancien par Jacques Chailley - 1955 - texte intégral

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